Son documentaire ‘Rise’ avait marqué l’univers de la montagne. La beauté des images, l’humilité de l’approche, l’authenticité du discours : en réunissant ces ingrédients, Juliette Willmann avait – à l’unanimité – réalisé un ‘grand’ film de ski ! Difficile de faire mieux ? Pourtant la jeune freerideuse de Chamonix – consacrée sur le FWT, mais désormais adepte du ski de pente raide – s’y essaye, et plutôt deux fois qu’une !
En effet, elle revient cet hiver avec deux films totalement différents, qui n’ont qu’un seul point commun : le désir de ‘rider’ et la trace indélébile qu’ils laissent au spectateur. Avec ‘Ski Yatra’ (voir le film à la fin de l'article) – une expédition joyeuse, entre copains, au Népal, pour skier des sommets à plus de 6000 m d’altitude – et ‘Alignée’ (voir le film à la fin de l'article) – un face-à-face avec elle-même pour questionner ses motivations profondes – Juliette Willmann signe deux œuvres cinématographiques de haut-vol !
Rencontre avec celle qui va vous donner une furieuse envie de skier, entre camaraderie et pratique introspective.
« La beauté des images, l’humilité de l’approche, l’authenticité du discours. »
LIBERTÉ, DISCIPLINE & ENDURANCE
Il y a deux ans, tu as ouvert un nouveau chapitre, en passant des compétitions du Freeride World Tour au ski plus libre, notamment en pente raide. Deux hivers plus tard, avec le recul quel regard portes-tu sur cette transition ? Es-tu heureuse de ce choix ? Quel changement a été le plus difficile à appréhender ?
Je suis réellement contente du chemin parcouru. La compétition ne me manque pas du tout. J’embrasse pleinement ce que me permet ma nouvelle carrière : partir à l’aventure, là où mes spatules m’emmènent. Avant, ‘rider’ pouvait parfois s’apparenter à de l’entraînement ; désormais, il s’agit uniquement du plaisir. Je m’adonne à ma passion pour le ski dans toute sa largeur, peu importe la taille du patin et le degré de la pente.
Durant cette période de transition, le changement le plus difficile à opérer a été de travailler ma capacité d’adaptation. On s’adapte sans cesse à la météo, à l’enneigement, à l’état de forme physique et mentale. Tu ne peux plus te reposer sur le cadre et le timing que t’offre la compétition. Tu accèdes certes à une liberté nouvelle, mais pour l’exploiter, il faut faire preuve de discipline envers soi-même, être encore plus moteur de son projet.
« J’embrasse pleinement ce que me permet ma nouvelle carrière : partir à l’aventure, là où mes spatules m’emmènent. »
Comment se traduit ce changement de carrière dans ton quotidien ? La journée-type de ton hiver est-elle différente d’avant ?
Tout d’abord, ma saison n’est plus rythmée par le calendrier des compétitions mais par un projet de film plus global. Cela induit une endurance de motivation plus profonde, puisqu’il ne s’agit plus seulement de viser un pic de forme pour quelques « Jour J » bien identifiés durant l’hiver. En revanche, au-delà de ça, je n’ai pas noté de bouleversement majeur. Je suis toujours inscrite dans une démarche de haut-niveau, structurée autour d’une routine bien réglée. Je fais les mêmes choses qu’avant.
Cependant, la perception, elle, a changé. Je ne m’entraîne plus, je me développe. Je ne coche plus les séances, je passe du temps là-haut. (Un temps de réflexion) Je dédie également plus de journées à des partenaires, à encadrer des groupes de skieurs. Cette notion de transmission me plait de plus en plus. J’y vois des perspectives pour l’avenir.
« Je ne m’entraîne plus, je me développe. Je ne coche plus les séances, je passe du temps là-haut. »
Quels sont les principaux apprentissages liés à ta nouvelle pratique ? Quelles qualités as-tu développé pour devenir une skieuse différente ?
La première qualité que j’ai développée – sans hésiter – c’est l’endurance ! Car lorsque tu débutes une expédition, tu sais quand tu pars mais jamais quand tu reviens. Tu dois sans cesse t’adapter, répondre à des imprévus... Bref, je me suis découvert un petit potentiel : je ne suis pas capable d’aller vite, mais je sais désormais aller longtemps ! Ensuite, tu apprends à mieux gérer le stress lié à l’engagement et à la prise de risque. Tu maitrises mieux les situations, tu cèdes moins facilement à la panique.
Enfin, j’ai accédé à un apaisement plus global. Je me sens plus chill et épanouie qu’avant. Je ne me force plus. Je mène des projets car ils me font plaisir, non pas pour prouver quelque chose aux autres. Je sais que c’est ainsi que je suis la plus performante, et que je vais répondre aux attentes. Disons que mon éthique de travail est devenue plus saine.
« Je ne suis pas capable d’aller vite, mais je sais désormais aller longtemps ! »